Écriture Paris

Pourquoi nos élèves écrivent-ils aussi mal ?

épisode 2

2. L'enseignement privilégie les modèles visuels

Ne sachant pas enseigner la tenue du crayon et l'encodage du geste, puisqu'ils n'ont reçu aucune formation à ce sujet, les enseignants se contentent en général de donner des modèles à reproduire.

J'ai moi-même procédé ainsi lorsque, après mon admission au fameux concours sur liste complémentaire, j'ai enseigné durant 6 ans en maternelle. N'ayant eu aucune formation sur la question, j'ai fait comme tout le monde : je suis allée acheter, sur mes deniers personnels bien entendu, des fichiers "clefs en main" vendus par divers éditeurs scolaires.

Généralement, cela se passe de la manière suivante : les élèves sont répartis en ateliers tournants, dont l'un nécessite la présence plus ou moins constante de l'enseignant (atelier de langage, par exemple). L'atelier "graphisme", n'étant ni dangereux, ni salissant, peut se dérouler en autonomie. On installe dont six à huit enfants à une table et on leur distribue un modèle, qui doit se suffire à lui-même. On comprend bien qu'avec une classe de 29 élèves de moyenne section, comme celle que j'ai eue, on ne peut pas être derrière chaque enfant en permanence.

L'enfant va observer ce modèle, tenter de deviner quelles en sont les caractéristiques importantes, puis le reproduire comme il peut, sans construire un geste adapté.

Voici un exemple classique de fiche préparatoire à l'écriture donnée en maternelle :

Wassym graphisme

Wassym a ici perçu la présence du point sur le i, qu'il s'applique bien à reproduire. Au fil des répétitions, ce point prend de plus en plus d'importance, jusqu'à envahir tout l'espace et prendre la place de la lettre elle-même. À la deuxième ligne, l'enfant a perdu de vue le modèle et s'applique presque exclusivement à reproduire le point, de plus en plus envahissant.

C'est ainsi qu'il est très fréquent que les élèves s'attachent à reproduire soigneusement tel ou tel détail d'une lettre - l'œilleton du o, par exemple, quand il est présent sur le modèle - au détriment de la lettre elle-même.

Par ailleurs, la fiche donnée à Wassym présente un tracé continu, que l'élève a bien du mal à reproduire. On le voit aux ruptures de tracé en milieu de ligne. Cet entraînement est difficile, mais surtout inutile puisque la langue n'exige jamais d'écrire un tracé continu aussi long.

La feuille est en format A4. On imagine bien qu'il est totalement impossible à un enfant de 5 ans de reproduire des formes d'aussi grandes tailles sans bouger son poignet. Ainsi, la fiche, au lieu d'entraîner l'élève à bouger ses doigts quand il écrit, l'entraîne à déplacer son poignet, ce qui n'est pas souhaitable. On voit d'ailleurs qu'il a beaucoup de mal à occuper tout l'espace de la ligne aux première, troisième et cinquième lignes, alors que les lignes plus petites sont aisément remplies.

Ces exercices, qui ont pour but affiché de préparer aux gestes de l'écriture cursive, n'atteignent donc pas leur objectif : au lieu de partir d'un geste des doigts, pour ensuite observer la trace laissée par ce geste, ils encouragent l'enfant à reproduire des formes, grâce au contrôle visuel, en mobilisant son poignet.

 

Deuxième constat : on donne aux enfants des modèles à reproduire au lieu de leur apprendre à encoder les gestes formateurs des lettres.

 

 

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